• Extrait : Les fleurs de Lyse

    Extrait : Les fleurs de Lyse

    Nous voici en 1965 à la plage de l'île Saint-Quentin, alors que Robert partage de doux moments avec sa petite amie Julie. Un extrait d'un chapitre intitulé Nous les jeunes, très inspiré de la chanson Blue-Jeans sur la plage des Hou-Lops. La copie ci-haut est celle de Québec Loisirs, avec la page couverture la plus laide de tous mes romans.

    Nous profitons de ce congé et du beau soleil pour pique-niquer à la plage de l’île Saint-Quentin. Le kiosque des premiers concerts des Sandales n’accueille plus de groupes. Il est maintenant réservé aux loisirs des adultes. En le voyant ainsi déserté, j’ai l’air d’un vieux nostalgique des beaux jours de ma jeunesse. La plage est bondée de baigneurs et les enfants courent en criant vers le marchand de crème glacée. Partout les transistors font entendre Wooly Bully ou les ébats aquatiques de César et ses Romains, alors que des croulants crient aux jeunes de baisser le son. Avec mes cheveux longs et l’allure beatnik de Julie, nous sommes pointés du doigt par la vieille génération. Je viens de louer un parasol et me fais siffler par un adulte : «  Salut, ma belle petite fille! T’as des beaux cheveux!  » Au diable, cet idiot! Vite, j’apporte à ma belle l’ombre dont elle a besoin.

    Sous mes yeux discrets, Julie enlève son blue-jeans cachant le bas de son bikini. Je lui enduis le dos de crème solaire, pendant qu’elle lit un drôle de livre d’un type nommé Kafka, ce qui me fait penser aussitôt à une marque de fromage. Je préfère Wooly Bully. Parfois, Julie se retourne et regarde son dos dans un petit miroir ovale. Elle doit se demander pourquoi elle est si blanche, pourquoi le soleil refuse de la brunir comme les autres filles de son âge. Nous courons vers le Saint-Laurent, main dans la main, à la recherche d’une vague géante. Quand le bateau s’éloigne, faisant agoniser la vague, Julie retourne sous son parasol, mais je m’attarde un peu dans l’onde pour retrouver de délicieuses joies enfantines, comme regarder les nuages de boue qui montent le long de mes jambes quand je bouge les orteils. De retour au parasol, j’embrasse Kafka pour voir surgir du haut du livre le sourire de ma Julie. Comme elle est belle! Belle! AAAAA! Pouvez-vous comprendre ça? Non! Julie n’est pas belle : elle est trop grande, rachitique, a des lèvres minces et pâles, les yeux petits et enfoncés. Mais quand on aime tant, il n’y a pas de plus belle que celle dont on rêve tout le temps!

    Je rencontre un copain de l’école qui m’invite à une partie de moineau. Julie suit, mais a du mal à se mêler aux autres filles. Elle paraît hautaine, sans même leur dire un mot. Elle veut surtout surveiller l’attitude de ses semblables face à mes cheveux longs, dans une délicieuse jalousie tranquille. À cinq heures, le parasol est retourné chez son propriétaire et Julie a remis son blue-jeans. Elle a fait choir son livre dans le fond de son sac et j’ai fait taire le transistor. Nous nous promenons le long de la plage, toujours main dans la main, stoppant à quelques reprises pour échanger un bécot.

    Après notre souper de frites, nous nous baladons du côté du bois, à la recherche d’un parterre sans souche, près d’un arbre ravi par les gazouillis des oiseaux, pour enfin échanger quelques longs baisers. À chaque fin d’étreinte, Julie dépose sa tête contre mon épaule et chante à voix basse son Brel ou son Ferland favori. Ma main parcourt son blue-jeans, mais elle arrête ma recherche fébrile, ricane comme une fillette en disant «  plus tard  ». Alors je l’embrasse de nouveau pour l’entendre chanter.


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :