• Amis : Lyne Lagault

    Image de bonheur, non? Mon conte de fée des salons du livre. Avant toute chose, Lyne Legault, de Ville-Marie au Témiscamingue, fut une attachante correspondante. Nous échangions depuis déjà longtemps quand elle me révéla qu’elle avait écrit un roman, qu’un second était en cours, ayant fait, en vain, des démarches pour une publication. Je lui avais demandé de me confier son texte pour évaluation et corrections et, s’il en valait la peine, je ferais des démarches à sa place chez les amis de la tournée. En quelques mois, j’avais réussi ! Terre d’exil allait être publié par nulle autre que Cécile, chez Arion, et serait prêt pour le salon du livre de l’AT en 2001, qui, joyeux hasard, avait lieu à Ville-Marie cette année-là. Ce qu’a vécu Lyne, je l’ai aussi vécu avec la même émotion. En quatre jours, Lyne a écoulé plus de 150 romans. Chiffre important ? Même les grandes vedettes reconnues n’atteignent pas ce chiffre! De plus, cette boulimique de lecture recevait les félicitations de tous ces auteurs qu’elle avait l’habitude de saluer timidement d’un coup de tête alors qu’elle était simplement une cliente d’un salon du livre. Lyne, une femme très calme, semblait vivre ce conte de fée avec un certaine distance, mais, la dernière journée venue, elle m’a pris par la taille pour la tapoter et le sourire était celui que vous voyez sur la photo. Un second roman, Le destin d’Isabelle, supérieur au premier, suivra et je retrouverai Lyne au salon suivant de l’Abitibi. Puis, plus rien… Graduellement, elle a cessé de correspondre avec moi, ce qui m’a beaucoup attristé… Des 40 salons du livre auxquels j’ai participé, mon favori demeure celui de Ville-Marie, à cause de Lyne et aussi du bonheur vécu par Cécile.


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  • Extrait : L'héritage de Jeanne

    Jeanne Tremblay, ancienne alcoolique, est très malade, a perdu l’usage de la parole. De son exil en France, elle a rapporté une petite fille, Bérangère, née à Paris des suites d’une aventure sans lendemain. Voilà que l’enfant retrouve son pays natal pendant quelques minutes. 

    Un samedi, à l’heure du train, le restaurant se voit, comme d’habitude, envahi par des clients pressés de manger ou de boire un thé en attendant le prochain départ. Dans le brouhaha de leurs bavardages, les oreilles de Jeanne notent tout de suite l’accent français d’un homme et d’une femme. Je la vois surgir de la cuisine, la bouche entrouverte et les yeux exorbités. Je m’apprête à intervenir rapidement, quand soudain elle se précipite vers la maison pour chercher Bérangère. Moi, en deux secondes, j’explique la situation aux deux clients. Ces Français, aimables, caressent les cheveux de Bérangère en lui faisant des compliments. Bérangère se frotte contre la robe de la femme, comme si enfin elle retrouvait une partie de son pays natal. Bien que la plupart des clients autour ne comprennent pas ce qui se passe, ils sont émus par l’affection démontrée par la petite fille.

    Jeanne reste à l’écart, hochant la tête et gonflant son cou, signes qui se manifestent quand elle veut absolument parler et qu’elle se concentre avec fermeté pour le faire. Quand les deux Français se lèvent pour partir, Jeanne laisse choir promptement les deux premiers mots : «  Il faut…  » Comme le reste ne veut pas suivre, elle se cache le visage et veut se réfugier à la cuisine, quand elle est interpellée par l’homme. «  Vous êtes la mère de cette charmante gamine? Vous êtes française?  » Jeanne fait un «  oui  » de la tête, sans se retourner. Il traverse derrière le comptoir et l’enlace, imité par son épouse. Jeanne essuie une larme et tente de continuer sa phrase : «  … gagner…  » L’homme devine sa pensée : «  Il faut que nos amis soldats canadiens et britanniques gagnent cette guerre afin que les Allemands quittent notre beau pays et qu’enfin nous puissions y retourner et vivre librement.  » Jeanne approuve d’un geste de la tête. Ils s’étreignent de nouveau, et, à leur départ, Bérangère vient près de transformer tout le restaurant en un torrent de larmes en agitant sa petite main et en disant avec son plus bel accent parisien : «  Au revoir, monsieur! Au revoir, madame! Au revoir!  » C’est fou comme j’ai pu me sentir patriote…


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  • Salon du livre : Montréal

    J’ai conservé plusieurs bidules de tous les salons du livre du Québec, mais seulement deux de celui de Montréal. J’ai participé à cinq de leurs salons du livre et suis parti avant le moment prévu à deux reprises. En toute sincérité, je ne m’en cacherai pas : le salon du livre le plus insupportable du Québec.  Énorme, impersonnel, sans humanité, dans un lieu me faisant penser à une usine.  Chaque fois que j’y pense, je revois ce long escalier à l’entrée, où les gens se précipitent comme des dingues, le tout ressemblant beaucoup aux couloirs du métro aux heures de pointe. De plus, le public achète peu de livres. Ils sont là parce que le prix d’entrée n’est pas cher et qu’ils auront une chance d’entrevoir un bipède de la télé (très nombreux). Par contre, ce public est aimable.

    Deux bons souvenirs. En 2001, à ma grande surprise, mon éditeur me signale qu’un groupe d’adolescents viendra me poser des questions sur Contes d’asphalte, pour un travail scolaire. Ils sont arrivés quatre, impeccablement vêtus, dont un gars avec une caméra. Les questions préparées par l’équipe étaient intelligentes, un peu pointues parfois. Habituellement, je me frotte surtout à des « C’est quoi, votre inspiration? » Pas avec ces jeunes d’une école juive. Ils ont été incroyablement polis et, en les regardant s’éloigner, je me suis senti profondément impressionné. 

    Second bon souvenir : en 2009, je n’avais pas participé à un salon du livre depuis quatre années. Montréal n’était pas le bon lieu pour renouer, mais comme j’étais avec une nouvelle maison, j’ai voulu faire preuve de bonne foi. La première journée, j’ai eu un retard de dix minutes et en m’installant en toute hâte sur mon banc, j’ai vu une femme approcher, me tendant Ce sera formidable pour une signature. Elle attendait depuis l’heure prévue. Un petit fait anodin, mais qui m’a fait beaucoup plaisir, même si j’admets avoir rencontré davantage de plaisir avec les nombreux itinérants de Montréal qu’avec le public du salon. Un des types sortait de prison et je me suis amusé comme un fou avec ce gars.


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  • Public : Ah! le téléroman...

    Un gentil message d’une femme ayant lu mes romans plusieurs fois. Bien sûr, au Québec, quand un roman plaît, il est toujours question d’une adaptation en téléroman et jamais au cinéma. Ce type de remarque,  j’en ai souvent entendues et lues. Le plus curieux est que je n’ai jamais vu de téléroman de ma  vie! Le message est de 2002 et je me suis empressé de lui confirmer que Roméo était un personnage fictif.


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  • Divers : Publicité

    Est-ce que mes livres ont eu droit à de la publicité ? Certes ! Moins dans le cas du premier éditeur car, tout simplement, ils disposaient de moins de moyens financiers pour « acheter » de la pub. Le second faisait partie d’un empire médiatique. Il y a eu de la pub pour la peine en peu de temps, dont celle du plus important journal du Québec. Résultat différent ? Très peu.  Publicité ou pas, les gens n’achètent que ce qu’ils connaissent, particulièrement ce qu’ils voient sans cesse à la télévision. L’exemple ci-haut date de l’automne 2009.


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