• Salon du livre : Trois-Rivières

    J’ai participé à dix salons du livre de Trois-Rivières, le plus haut total. Parce que cela se déroule chez moi, est-ce que vous pensez qu’il fut mon préféré ? Ce n’est pas le cas. Est-ce que c’est lors de ce salon que j’ai vendu le plus de romans ? Non plus. Pour être honnête, retourner coucher chez moi après une journée  me donnait l’impression de faire autre chose que de participer à un salon! Par contre, ma chatte appréciait de me voir chaque soir! J’avoue que des visiteurs de ce salon étaient de très fidèles lectrices et lecteurs, des gens que je retrouvais chaque année, anxieux de se procurer le nouveau roman. Que mes fictions se déroulent dans la ville même a suscité beaucoup d’émotions chez les gens. Ils m’en parlaient avec chaleur et enthousiasme. J’ai cependant l’impression d’avoir été snobbé par la direction des premiers salons. Je me souviens de cet article du journal local consacré aux auteurs de la région et où je ne figurais pas, même si j’avais à ce moment-là quatre livres sur le marché, que j’étais présent de la première minute jusqu’à la dernière. Difficultés aussi d’obtenir des entrevues, mais j’avoue que ce petit jeu a cessé à partir de 2001. La photo ci-haut a été prise lors du salon de 2010, après cinq années d’absence. L’année suivante, même si l’éditeur n’avait fait aucune démarche pour que je sois présent, j’avais insisté pour y être trois soirs, car ce serait mon dizième salon trifluvien et mon quarantième en tout.


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  • Divers : Tableau des âges

    J’ai toujours établi un tel tableau pour mes romans se déroulant au cours d’une longue durée de temps. Tout en haut : les noms des personnages. À gauche : l’année, puis l’âge de ces personnages. Pourquoi ? L’âge qu’ils ont à un certain moment peut apporter des idées, comme, par exemple, un mariage. Autre exemple : un personnage vieillissant peut devenir aigri. Un tel tableau n’a rien d’une fantaisie, mais devient très utile pour trouver des repères temporels. Celui-ci : pour Ce sera formidable.


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  • Amis : Pierrette Brière

    Une précieuse amie de la tournée des salons du livre. Pierrette est aussi la première que j’ai connue, puisque voisine du stand de la bibliothèque de Trois-Rivières où je présentais Tremblay et fils en 1997. Nous avions fraternisé tout de suite. Une femme expansive, amusante, avec un grand coeur. Pierrette fabriquait des pare-bouquins artisanaux qu’elle vendait au public. Pas facile de refiler de tels trucs? Il fallait entendre ses arguments, sa foi en son produit et, certes, elle en vendait et pouvait compter sur des clientes fidèles. J’ai souvent voyagé avec Pierrette, particulièrement pour nous rendre en Abitibi. Des rires assurés tout le long du trajet. En 2004, alors que je n’avais plus d’éditeur et, conséquemment plus le droit de participer aux salons, Pierrette m’a permis de prendre un coin de son kiosque pour présenter des copies personnelles de mes romans au public. C’est ainsi que nous avons appris davantage à nous connaître aux salons de Trois-Rivières et d’Amos. Alors que j’étais disparu de la circulation, Pierrette Brière fut la seule à m’envoyer quelques messages pour demander des nouvelles. En 2009 et 2010, j’ai renoué avec joie avec cette femme, comme si nous nous étions quittés la veille. Elle travaille maintenant comme représentante commerciale pour un éditeur. La photo ci-haut date de 2000, prise au salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.


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  • Public : Précieux messages

    J’ai conservé tous les messages, ainsi que les lettres de lectrices et de lecteurs. La plupart étaient des courriels et, il va de soi, c’est la dernière chose que je croyais voir en mettant en fonction mon ordinateur. Cela fait énormément plaisir! Je me suis déjà servi de ces messages dans le cadre de mes démarches pour faire lire mes manuscrits par des maisons d’éditions. Il semble bien que l’amour qu’a porté le public à mes romans ne voulait rien dire pour ces maisons. Celui que je vous présente date de 2002.


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  • Extrait : Tremblay et fils

    Peut-être devrais-je parler d'un extrait de Petit Train, tant la première partie de ce roman est à 90 % la même  que Tremblay et fils. Premier jour d'école pour Roméo ! À vous de partager ses sentiments.

    Un costaud frère enseignant au regard glacial et au crâne dégarni s’approche d’eux. Roméo se précipite vers la main d’Adrien.

    «  Qu’est-ce que tu fais avec les petits, Tremblay?

    - C’est mon frère, frère Charles. Il s’appelle Roméo.

    - Ah? Un autre?

    - C’est le dernier de la famille, frère.  »

    Roméo frémit, persuadé que ce monstre va le dévorer. Le religieux ordonne à Adrien de s’éloigner et de rejoindre les «  idiots de ton âge.  » Deux autres soutanes se joignent à l’abominable et font mettre les enfants en rang. Tremblants, ils marchent jusqu’à une grande salle où les frères les font agenouiller pour la prière du matin. Tour à tour, les trois enseignants annoncent les noms de leurs élèves. Roméo sait que le sien règne à la fin de l’alphabet, ce qui lui laisse tout le temps voulu pour prier afin qu’il ne soit pas dans la classe du dévoreur d’enfants. Hélas! De sa grosse voix, le frère Charles trompette un  » Silence!  » qui fait bouger l’illustration du Sacré-Cœur accrochée au mur. Puis il leur ordonne d’entrer dans une salle de classe, les place par ordre de grandeur. Roméo se retrouve devant le bureau de la montagne. Soudain, il n’a plus le goût des huit années suivantes…

    Quand ce travail de classement se termine, le frère Charles commande une autre prière. «  À genoux!  » Le père de Roméo croit que les prières ont été inventées en collaboration avec l’industrie du pantalon, tant les incitations répétées des religieux finissent par user le tissu à la hauteur des genoux. Roméo a vraiment le goût de ce recueillement afin qu’on le change de groupe.

    «  Je suis le frère Charles, des Frères des Écoles chrétiennes. En vous adressant à moi, très poliment et après avoir levé la main, vous direz : frère. Je suis là pour vous montrer à marcher au catéchisme. Puis vous allez apprendre à lire et à compter pour que vous puissiez connaître encore plus de prières et le nombre de péchés que Notre Seigneur n’aime pas. Nous allons aussi voir l’Histoire du Canada et de nos saints martyrs. Tout ça dans la discipline et l’obéissance!  »

    Après cette présentation claironnée avec insistance, trente petites têtes reculent en harmonie. Aussi effrayant que savant, ce frère! Discipline… Quel mot compliqué! Pendant qu’ils songent au mystère de ce terme, le frère Charles apostrophe les règles de conduite.  » Levez-vous avant de parler! Levez la main pour demander! Dites tout le temps : merci, frère! Défense de se montrer grossier, impoli, polisson, têtu, sinon!  » À ce mot, il met la main sur une énorme règle aux extrémités métalliques et donne un vif coup sur son bureau. Un garçon du fond de la classe hurle «  Maman! J’veux plus!  » avant de précipiter vers la porte. Le frère Charles l’intercepte et le ramène à son pupitre en lui serrant le cou. Après, le religieux reprend sa terrifiante règle et pointe les images saintes, près du tableau noir. Qui c’est? «  Le petit Jésus, frère!  » Qui c’est? «  Le Sacré-Cœur, frère!  »  Qui c’est, Tremblay? Roméo sent l’arme abominable à un pouce de ses narines. Il écarquille les yeux pour regarder l’image dont l’identification règlera le sort de sa vie.

    «  C’est la sainte Vierge, frère.

    - Qui t’a montré ça?

    - Ce n’est pas la sainte Vierge, frère?

    - On ne répond pas! Réponds à ma question!

    - Heu… Heu… Ah! ma maman et ma sœur Louise me l’ont dit, frère.

    - Ce n’est sûrement pas ton père Joseph, hein?  »

    Le voisin de derrière ricane. Aussitôt, le frère Charles le saisit par l’oreille droite pour le conduire au petit coin, l’obligeant à s’agenouiller en lui poussant dans le dos. Un silence lourd et menaçant s’installe entre les quatre murs de la classe. «  Je vais aussi vous dompter pour vous préparer à votre première communion! Vous allez devenir des vrais catholiques! Nous allons commencer tout de suite par un examen de conscience. Pour mieux penser à vos péchés, mettez votre tête contre votre pupitre et songez très fort à vos péchés mortels. Ensuite, je vais vous montrer l’image de l’enfer et les tourments qui vous attendent si vous n’obéissez pas! Tête contre le pupitre! Et que ça presse!  » Quelques enfants se regardent, abasourdis, jusqu’à ce que le religieux hurle à nouveau son ordre, tout en frappant avec violence son bureau avec la règle. Roméo, la tête inclinée, se demande quel péché il a commis afin d’hériter, comme premier enseignant, de ce maniaque effrayant. Voyant qu’un élève n’a pas le front sur le bois, le frère Charles le lui aplatit comme il faut contre le pupitre. Roméo a entendu parfaitement ce Bong ! qui lui glace le sang.

    Ensuite, le frère distribue les livres. Il commence par le catéchisme, suivi par le manuel de français et poursuit avec celui d’arithmétique. Les enfants, terrorisée, n’osent pas les toucher pour voir s’ils contiennent des images. «  Nous allons débuter par le français, car chacun de vous a besoin de savoir lire pour connaître le catéchisme. Voici la lettre A. C’est la première de l’alphabet. Il y en a vingt-six. Ces lettres forment des mots. Les mots existent afin de lire le catéchisme. Picard! Combien y a-t-il de lettres, dans l’alphabet?  » Picard sort de son nuage et son interminable hésitation de trois secondes est interrompue par un hurlement strident du frère. «  Vingt-six, Picard! Vingt-six! Je viens de le dire! Tu n’écoutais pas, Picard? Je viens à peine de parler d’attention et d’obéissance! T’as besoin de marcher droit, mon Picard, sinon!  » À l’aide!

    «  Je n’aime pas ça! Je m’en retourne chez nous, Adrien!

    - Attends un peu! Ça ne fait qu’un avant-midi!

    - J’ai peur! Il va me tuer!

    - Il ne tue personne. C’est un bon frère.

    - Il est méchant!  »


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